La peintre belgo-péruvienne Shirley Villavicencio Pizango conquiert le monde de l’art avec ses portraits sincères et colorés de personnes de couleur. Elle représente toujours un cadre domestique où les plantes d’intérieur, la céramique et d’autres objets personnels prolifèrent avec autant de luxuriance que dans la jungle. Récemment, Shirley a lancé avec Serax une collection de vases peints à la main qui donnent vie à la poterie de ses tableaux. Nous lui avons rendu visite dans son atelier, aussi coloré que ses peintures.
Shirley revient tout juste de New York, où elle a exposé avec sa galeriste Sofie Van de Velde à la légendaire foire d’art The Armory Show. Son espace de travail se situe à Gand. « C’est un petit atelier chaleureux où sont accrochées les nombreuses curiosités que je ramène de mes voyages », explique Shirley. « Je trouve très important de m’inspirer lors de mes déplacements. Ma collection de masques africains, par exemple, a une grande valeur pour moi. L’influence de l’art africain sur l’art européen est inestimable. »
L’atelier a une atmosphère domestique, ce qui n’a rien d’étonnant. Shirley peint des portraits d’amis et de connaissances et crée autour de ses modèles une profusion d’objets familiers, allant des plantes d’intérieur à la céramique. « Les plantes sont indispensables pour moi car elles représentent mon lien avec la forêt amazonienne », dit-elle. « Le reste provient de mes voyages. Du Japon je rapporte souvent de la céramique, du Maroc des carreaux, et dans les brocantes de Paris je pars à la chasse aux curiosités. » Ces objets nourrissent la céramique imaginaire de ses tableaux. Avec Serax, et à la demande de sa galeriste Sofie Van de Velde, Shirley a donné vie à ces vases, un à un. La boucle est ainsi bouclée.
Dans son travail, on ressent un amour pour de nouveaux mondes et pour les tropiques. Shirley a grandi auprès de sa mère célibataire à Santiago de Borja, un petit village situé sur un bras secondaire de l’Amazone. Plus tard, elle a vécu dans la capitale péruvienne, Lima. À dix-huit ans, elle a déménagé à Gand, où elle a étudié les beaux-arts et a été invitée à développer davantage son talent au HISK (Hoger Instituut voor Schone Kunsten). « Santiago de Borja reste l’endroit où je me sens chez moi, où vit ma famille et où je retrouve le lien avec la nature », explique-t-elle. L’atmosphère des anciennes cultures sud-américaines, la couleur et la vitalité, mais aussi la quiétude et la mélancolie : tout cela se reflète dans son œuvre.
Shirley peint souvent des portraits de personnes de couleur. Ce faisant, elle affirme une position contre la sous-représentation des minorités dans l’art et critique la manière dont les personnes noires ont été représentées au fil de l’histoire. Au siècle dernier, de nombreux peintres renommés se rendaient dans les tropiques pour représenter les femmes comme des créatures exotiques. Avec Shirley, c’est cette prétendue femme exotique qui prend la parole. « Je veux briser les stéréotypes et représenter les personnes de couleur comme de véritables individus, avec une volonté forte et une identité propre. »
La grande raison de son succès est sa manière expressionniste de peindre. Shirley construit ses œuvres à partir de contours épais et bruts et de surfaces colorées presque naïvement peintes. « Il est difficile de dire quand j’ai exactement commencé à peindre et comment mon style s’est développé », explique-t-elle. « Je pense que cela s’est fait progressivement. À l’école, j’ai commencé à expérimenter différentes techniques et à un certain moment, j’ai découvert la peinture acrylique. » L’acrylique est une peinture plus ludique que, par exemple, la peinture à l’huile. Dans les vases de la collection Serax, Shirley a également transposé cette même spontanéité.
Shirley fait partie de la nouvelle vague de peintres féminines qui gagnent rapidement en popularité. Son travail est particulièrement apprécié, surtout par une nouvelle génération d’amateurs d’art. L’artiste le doit aussi à la Gallery Sofie Van de Velde. Cette galerie renommée a organisé en 2024 une exposition personnelle et a présenté son travail lors de plusieurs foires, dont la prestigieuse BRAFA. Actuellement, les œuvres de Shirley font partie de l’exposition Painting After Painting au S.M.A.K. à Gand.
Bien que sa carrière ait commencé en Belgique, elle remercie également son village de Santiago de Borja et sa mère pour son succès. « Sans Santiago de Borja je n’existerais pas. De plus, je me sens davantage une Pizango — le nom de ma mère — qu’une Villavicencio — le nom de mon père. Les Pizango sont forts, pleins de vie, et nous sommes liés à la nature. »