Artiste de renommée internationale, Bela Silva déborde d'une énergie créative qui imprègne aussi bien son œuvre que sa manière de vivre. Née à Lisbonne, elle a quitté le Portugal très jeune, animée par une curiosité insatiable et le désir d'explorer la créativité sous toutes ses formes. Ses études à Chicago, suivies de douze années déterminantes à New York, ont profondément marqué son parcours. Aujourd'hui, elle partage son temps entre Lisbonne, Paris et Bruxelles. C'est dans la capitale belge que nous avons poussé les portes de son atelier exubérant, un lieu aussi coloré et expressif que l'artiste elle-même.
« J'ai quitté Lisbonne très jeune parce qu'à l'époque, la ville était encore assez conservatrice », raconte Bela Silva. « Je suis ensuite partie étudier à l'Art Institute of Chicago, où l'atmosphère était complètement différente. Il y régnait une formidable ouverture d'esprit. J'étais libre d'assister à presque tous les cours qui m'intéressaient, alors j'ai tout exploré, même le design de chaussures. Après six ans à Chicago, j'ai passé encore six ans à New York. Chaque journée était une aventure, surtout lorsqu'il fallait trouver de quoi payer les factures. » Elle rit. « Mais les personnes que j'y ai rencontrées étaient extraordinaires. Ces rencontres m'ont profondément façonnée, en tant qu'artiste comme en tant que personne. »
Bruxelles est entrée dans sa vie par amour. « C'est ce qui m'a amenée ici, même si cette histoire d'amour ne s'est pas terminée de la plus belle des façons », confie-t-elle avec la franchise qui la caractérise. Aujourd'hui, elle vit et travaille dans le quartier historique du Sablon, entourée d'antiquaires et de marchés aux puces qui lui rappellent les promenades de son enfance à Lisbonne. « Bruxelles, et la Belgique en général, sont un véritable carrefour culturel. J'ai parfois l'impression que les Belges ne se rendent pas compte de la richesse et du dynamisme de leur propre scène culturelle. »
Son atelier reflète cette même vision éclatante. Les murs sont peints dans des tons intenses de terre cuite et de bleu profond, un choix délibéré en réponse au ciel souvent gris de la Belgique. Ils offrent également un décor idéal à son langage visuel expressif et profondément personnel.
« Mon travail est sauvage parce que je le suis aussi », explique-t-elle. « Je n'ai jamais été une femme conventionnelle, ce qui explique peut-être pourquoi le mariage ne m'a jamais semblé naturel. » Elle rit à nouveau. « J'ai des opinions bien arrêtées et je n'ai jamais été du genre à suivre l'avis des autres. Cette indépendance se retrouve inévitablement dans mon travail. »
La céramique est restée le fil conducteur de toute sa carrière. « Je l'ai découverte à dix-huit ans, lorsque j'étudiais à l'académie des beaux-arts de Lisbonne. À l'époque, la céramique n'était pas considérée comme un art majeur au Portugal. Ce n'était certainement pas un art avec un grand A. À Chicago, cette distinction n'existait tout simplement pas. C'est l'une des raisons pour lesquelles je suis tombée encore plus amoureuse de cette discipline. Les possibilités sont presque infinies. L'argile peut tout devenir, d'un simple carreau à une sculpture monumentale. »
Si sa palette lumineuse évoque immédiatement la Méditerranée, les influences artistiques de Bela Silva vont bien au-delà du Portugal. « Je suis fascinée par les couleurs des peintres flamands comme Memling, Van Eyck et Ensor. Mais l'inspiration vient de partout. Elle peut naître des façades baroques de Lisbonne, de la mode, de l'archéologie ou d'une œuvre d'art que je viens de découvrir. D'un point de vue créatif, je ne suis probablement portugaise qu'à un quart. » Elle sourit. « Je suis plutôt un cocktail haut en couleur. »
Le symbolisme traverse discrètement une grande partie de l'œuvre de Bela Silva. Pour la collection de luminaires qu'elle a conçue pour Serax, elle a intégré un motif de la Grèce antique : une ligne en méandre qui symbolise l'éternité. Les oiseaux apparaissent également dans nombre de ses créations, comme des symboles intemporels de liberté.
« Pour moi, un ornement n'est jamais simplement décoratif », explique-t-elle. « Il est toujours porteur de sens. »
Ce langage symbolique reflète sa vision du monde. Bela Silva est avant tout une citoyenne du monde. À ses yeux, le monde demeure une source inépuisable de beauté, et la créativité ne devrait jamais connaître de frontières.
« Je suis également attirée par l'imperfection », confie-t-elle. « Une pièce doit toujours conserver une certaine rugosité. C'est ma signature. Dès que quelque chose devient trop lisse ou trop parfait, je perds tout intérêt. C'est exactement la même chose lorsque je sors de chez le coiffeur avec une coiffure trop impeccable. La première chose que je fais, c'est passer les mains dans mes cheveux. Je n'ai pas envie d'avoir l'air trop sage, et je ne veux pas non plus que mon travail le soit. »
Aux côtés de la céramique, le dessin a toujours été le compagnon le plus fidèle de Bela Silva. La plupart du temps, chacune de ses créations en céramique naît d'abord sous la forme d'un croquis. Les idées surgissent sans prévenir. « Il m'arrive d'être allongée dans mon lit lorsqu'un flot d'images envahit soudain mon esprit. Je dois me lever immédiatement pour les dessiner avant qu'elles ne s'évanouissent. » Elle dessine depuis aussi loin qu'elle s'en souvienne. « Enfant, j'adorais les films de Disney. La pire punition que mon père pouvait m'infliger était de m'interdire de regarder des dessins animés. Cela me mettait hors de moi. » Elle éclate de rire.